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L'œuvre des vocation du Diocèse de Montréal

À l'origine, la vocation n'est qu'un signe, un appel qui murmure au-dedans
"Tout sacerdoce se déploie dans une paternité", par le cardinal Honoré

ROME, Mercredi 14 février 2001 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous notre entretien avec le cardinal Jean Honoré, archevêque émérite de Tours et l'un des rédacteurs du catéchisme de l'Eglise catholique, qui recevra la pourpre cardinalice dans une semaine, lors du consistoire du 21 février.

Q.- Eminence, au moment où vous devenez cardinal, pouvez-vous raconter, en particulier à nos jeunes lecteurs, comment vous avez entendu l'appel de Dieu ?

R.- Une vocation d'homme ou de femme, c'est la vie tout entière qui la révèle. C'est à l'âge où il faut faire les comptes de son existence que se dévoile la vocation. Parce qu'elle a donné un sens à l'écoulement du temps vécu et parce qu'elle revêt la destinée humaine de sa tunique de durée et d'unité.

A quatre-vingt ans, devenu cardinal, dans un lent regard sur ma vie et les étapes qu'elle a dû franchir, je comprends vraiment ce qu'a été ma vocation, ce qui en a été le fil conducteur, comment les commencements ont pu s'accomplir dans les mûrissements de l'âge adulte. Et le sentiment qui domine en moi quand je retourne sur les routes du passé, c'est l'émotion d'une vie qui s'achève après avoir été remplie. Et cette émotion devient gratitude, action de grâces au Seigneur qui m'a assisté et qui m'a conduit, parfois comme l'apôtre, sur "des routes où je ne pensais pas aller" (Jn 21,23).

À l'origine, la vocation n'est qu'un signe, à peine un appel qui murmure au-dedans, comme le frémissement léger de l'âme qui la soulève. Pour l'enfant que j'étais, encore petit, à peine émergé à ce qu'on appelle l'âge de raison, tout commença par des pressentiments, comme si Dieu était présent et venait à ma rencontre. Je m'en souviens comme de moments privilégiés, d'une grande douceur et de paix intérieure. Ce furent les premiers signes qui ne furent connus que de moi. D'autres me furent donnés que je gardais dans le secret, sans même savoir ce qu'ils voulaient dire, où ils allaient me conduire.

Q.- Comment avez-vous répondu à ce "murmure"?

R. - J'entrais dans les années de jeunesse qui furent d'abord de deuil, puis de passion d'apprendre. L'influence paisible et discrète d'un saint prêtre de collège projeta en moi comme l'ombre d'un appel, le désir d'une vie donnée comme l'était la sienne. Mais cet appel était un défi. Il fallu, pour me fixer, plusieurs années de débats et de recherche. Et c'est finalement au terme des années secondaires que je pris la décision d'entrer au Séminaire.

Ma vocation, à son départ, n'eut donc rien d'une ligne droite. Rien de rectiligne ni de programmé. J'étais seul avec moi-même. Mais comme dit un sage ancien: "On n'est jamais moins seul que lorsque l'on est seul". J'avais appris, en ce temps des promesses et des attentes, à lire l'Evangile et à rencontrer Jésus de Nazareth. J'avais été séduit, investi. Et comment le regarder sans écouter sa parole: "Je suis le chemin..."?

N'ayant pas d'idée préconçue sur ce qui me serait demandé de faire après mes études, je laissai à mes supérieurs le soin d'en décider. Mon seul souhait était de servir au poste qui me serait dévolu. Ce fut l'enseignement. D'abord au collège, puis au Séminaire. Je ne pouvais alors imaginer que toute ma vie future allait s'absorber dans les tâches d'apprentissage et d'éducation des jeunes. Un ministère de parole et d'écriture, c'est désormais ce qui serait le pôle de gravité de mes diverses responsabilités pour le service de la foi et de l'Eglise.

Q.- Qu'est-ce qui est, pour vous, central dans le sacerdoce? Et qu'est-ce qu'a signifié le nouvel appel de Dieu à être évêque?

R.- Tout sacerdoce se déploie dans une paternité. Au sens où la paternité apostolique demande une proximité et une prévenance pour les âmes. Prêtre d'abord enseignant, ce fut mon expérience de tous les jours. Accédant à l'épiscopat, elle ne m'a pas quitté. L'évêque témoigne d'une paternité spirituelle dans sa dimension la plus forte et la plus large. Il est père dans la foi, pasteur de son Eglise, comptable de tout ce qui doit être fait pour assurer la transmission de l'Evangile et la vitalité des communautés chrétiennes au sein de notre monde.

Q.- Que voudriez-vous qu'un jeune comprenne du rôle de son évêque?

Si l'on comprend cette responsabilité comme celle qui continue la mission des Apôtres, elle ne fait pas de distinction entre les jeunes et les adultes. Tous ont part à cette mission essentielle de l'évêque de dire la foi, de la garder et de la nourrir par les sacrements de l'Eglise.

Ce qui est vrai, c'est que parce qu'ils sont, sans le savoir, les enfants gâtés de notre monde frivole et capricieux, les jeunes ont besoin d'abord d'être entendus et compris. Avec ceux qui collaborent avec lui, les prêtres et les chrétiens de tous bords, l'évêque ne se veut pas désemparé par le mascaret des jeunes générations. Il prend du temps pour les rejoindre, les écouter, échanger avec eux. Pour ma part, j'ai toujours souhaité leur dire que la vie mérite d'être vécue, que l'avenir est devant eux, et que, pour vivre pleinement, l'évangile de Jésus-Christ est un atout, une chance qu'il ne faut pas trop vite mettre à l'écart. Je me sens écouté, sinon entendu. Le plus dur, je l'avoue, est de parler de l'Eglise, avec les mots qui voudraient dépasser les préjugés et le refus. Les rassemblements de jeunes, comme les JMJ, attendent un épilogue pour aider nos jeunes à franchir un nouveau seuil qui, de la fête collective au grand soleil, les ouvre à la pénombre d'un monde plus intérieur et plus en retrait qui est celui de la foi personnelle.

R.- Est-ce un nouveau "oui" qui vous est demandé avec le chapeau de cardinal? Comment expliquez-vous le rôle d'un cardinal? Aux jeunes?

Q.- Le fait de devenir cardinal ne change rien d'essentiel dans le sacerdoce du prêtre ou de l'évêque. C'est une dignité qui requiert d'abord d'être disponible auprès de l'évêque de Rome dans le ministère d'unité qui est le sien. Dans l'Eglise de tous les continents. Il ne faut pas oublier que le rouge cardinalice est le symbole du martyre. L'engagement de la foi, s'il requiert de vivre dans le sacrifice à l'ombre de la Croix, peut aller, dans le tragique des événements, jusqu'à accepter de souffrir et de mourir au nom du Christ. Que dire d'autres à des jeunes? Sinon que les convictions religieuses, pour autant qu'elles ont un caractère d'absolu, ne peuvent être l'objet d'une transaction, encore moins d'un reniement. Il y va de l'honneur d'être homme.

R.- Vous avez travaillé au "Catéchisme". Quel profit des jeunes peuvent-ils faire de la fréquentation de ce catéchisme? Comment l'aborder?

Q.- je le dis clairement. Le Catéchisme de l'Eglise catholique auquel j'ai donné ma contribution n'a pas été fait particulièrement pour des jeunes. Il répond au besoin de tout chrétien de mieux maîtriser ses connaissances religieuses. Mais il faut, pour l'aborder, avoir déjà franchi une première étape d'initiation à la foi catholique. Ce catéchisme ne remplace pas l'Evangile et c'est l'Evangile qu'il faut d'abord connaître, car il fait rencontrer le visage du Christ. Pour ma part, je craindrai que les formules du Catéchisme de l'Eglise, passant au-dessus de la tête des jeunes qui ne sont pas encore ancrés dans la foi, leur donne à penser que celle-ci est une algèbre de mots, compliquée à plaisir, très loin de leur pensée et de leur attente. Il convient ici, semble-t-il, de laisser au sentiment religieux le temps de mûrir. J'ajoute encore que l'on ouvre pas le catéchisme pour en tourner les pages. Il ne s'agit ni de zapper, ni de courir sur un texte comme on peut flirter avec l'Internet. Il s'agit d'un tout autre enjeu. Le mieux serait d'étudier un chapitre et de l'étudier à plusieurs. De joindre aussi à la réflexion qu'il suggère des temps de prière silencieuse.

Le cardinal Jean Honoré est né à Saint-Brice-en-Coglès, dans l'archidiocèse de Rennes, en 1920. Il a été ordonné prêtre en 1943, est devenu évêque d'Evreux en 1972, puis de Tours en 1981.

Il a fait partie de l'équipe de rédaction du Catéchisme de l'Eglise catholique, publié par Jean-Paul II par la Constitution apostolique "Fidei depositum" du 11 octobre 1992 (éd. de poche en français chez Mame-Plon). Il est aussi un spécialiste de Newman.